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Yvan Le Bolloc’h et le Breizh Tour, ça décoiffe !

On le connaît surtout pour Caméra Café et ses talents d’humoriste, mais c’est aussi un musicien, qui se livre en exclusivité pour Pays-blanc sur son nouveau spectacle presque 100% breton, à La Baule le 28 mai.

Un Breizh Tour et la rumba flamenca, c’est un grand écart !

Oui, j’ai décidé de ma propre initiative de faire l’anschluss Bretagne et Pays de Loire, parce que j’ai décidé de façon tout à fait unilatérale que tout ce qui était beau était en Bretagne. Et puis mon expérience personnelle fait que lorsque j’étais sur le précédent Breizh Tour, on est partis à Ouessant où l’on devait jouer le soir. On était sur l’Enez Eussa, partant du Conquet, avec toute l’équipe, et il faisait un temps à ne pas mettre un Breton dehors. Le bateau était plein, il y avait plein de gens qui étaient là, en Kway, dont un groupe de cinquante Nantais. Je leur dis « Vous n’êtes pas Bretons, alors ? » sur le ton de la plaisanterie, et ils répondent tous « Oh si ! » Je demande alors plus fort « Ici, il y a combien de Bretons ? », et un grand « Ouaiiiiis !! » a retenti dans tout le bateau. J’en déduis que même les Nantais veulent être Bretons. Et finalement ce n’est pas très important tout ça, car s’il y a une partie de la France que j’ai toujours portée dans mon cœur, c’est l’Ouest. La Bretagne évidemment, mais l’Ouest est beau à Montalivet, au Pays Basque, à La Baule ou au Croisic. Il y a un état d’esprit à l’Ouest. Ces gens-là ont beaucoup d’air dans le cerveau et ça leur permet de réfléchir plus vite, d’être sympathiques et agréables. Et puis c’est à l’ouest que le FN fait ses plus petits scores, donc ça contribue à me rassurer. On pourra aussi objecter que qu’est-ce que vient faire la rumba flamenca en Bretagne ? Mais la musique n’a pas de frontières, c’est comme les mobylettes et les tondeuses à gazon, ça marche au mélange.

Le mélange est naturel ?

J’ai découvert la rumba flamenca depuis 9 ans, et avant ça j’ai trois ou quatre ans d’approches plus ou moins hasardeuses, en reprenant des titres rythm’n blues, avec un orchestre et ma femme qui était chanteuse. Moi je lui avais appris la planche à voile et le ski, et elle m’avait appris la musique. Mais la vraie passion pour la musique remonte à l’époque où j’étais journaliste à Europe 1 et où j’avais interviewé les Gipsy King. Ils n’étaient pas très loquaces en mots, mais quand ils ont joué un morceau en live pour moi ça a tout déclenché.

Cette musique vous évoque quoi ? Ce n’est pas votre culture ?

J’ai besoin d’être touché par une musique, et c’est la fragilité, l’âme, la profondeur du chant. Ça a éveillé quelque chose en moi, parce que cette musique traduit une souffrance, elle passe du déchirement à une euphorie dans la seconde qui suit, une envie de danser, de s’aimer les uns les autres. On ne passe pas du rire aux larmes, mais de l’émotion à la joie, en un clin d’œil. Peut-être que dans une autre vie j’ai été gitan ? Peut-être ai-je des ancêtres manouches ? Il y a quelques musiques comme ça qui me bouleversent, les Gipsy King, le flamenco, Jean Ferrat et Denez Prigent, et dans le classique le grand Caruso, l’inventeur du bel canto. Et en plus, cette musique je l’ai fait découvrir immédiatement à ma femme, qui n’était pas encore ma femme à l’époque, et c’est devenu la bande originale de notre histoire d’amour, qui continue depuis 27 ans.

Vous avez été intégré facilement ?

Je me suis senti assez vite accepté par les gitans que je connais, sans doute parce que j’y ai mis les formes. Je ne suis pas dupe, au début, s’ils m’ont adressé ma parole, il y a forcément un sentiment de sécurité et de curiosité qui a dû jouer en ma faveur, lié à ma notoriété télévisuelle. Mais ça ne dure qu’un temps. Quand vous avez passé dix minutes à côté de Michel Drucker, vous vous apercevez qu’il est comme tout le monde, il fait caca, il s’enrhume, il est content ou pas. Quand on a gratté le vernis et que l’on s’est débarrassé des oripeaux de la célébrité, si les gens ne trouvent rien d’autre derrière ils ne vont rien vous donner. Ils m’ont fait entrer dans leur famille, et ce n’est pas un vain mot, car vous faites alors vraiment partie des leurs, sans restriction. Demain, ce sont les gitans qui viendront chanter sur ma tombe. Je l’ai dit une fois, et ça suffit. Et s’ils ont un souci pour trouver le bon médecin qui va soigner telle maladie, ils m’appellent, et quand j’arrive à l’hôpital ils disent « OK, il est des nôtres ».

Et leur réputation ?

Moi aussi j’ai entendu dans l’inconscient collectif « Les gitans c’est des voleurs, des feignasses, ils sont sales ». Je l’ai entendu, même si ça ne venait pas de mon entourage. À l’école, chez les commerçants, au café du coin, il y a une sorte de légende urbaine qui s’incruste dans l’air et vous en êtes victime. « Les noirs courent vite, les jaunes sont fourbes, et le Portugais est fort en carrelage ! » C’est très tenace ! Il faut vraiment un travail de désensibilisation pour se débarrasser de ça. Je dois être honnête, ces préjugés-là, je les ai perdus seulement le jour où je suis allé chez eux.

Comment définir votre spectacle ?

C’est un spectacle global avec de la musique, du rythme, des émotions, de la rigolade autour de sentiments très intimes que j’ai vécus avec le groupe. Il y a aussi des sketchs, je joue un DRH de PME, le regard que je porte sur la fête de l’Huma, un sketch sur les réfugiés et ceux qui leur font traverser la Méditerranée sur des morceaux de polystyrène, tout ceci mis en valeur par la musique.

Réservations pour le spectacle de La Baule, le 28 mai : www.yvanlebolloch.net, ou directement à Atlantia

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N° 69

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