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Vivre avec la menace terroriste

Un expert décrypte les comportements et donne ses conseils

Raphael Saint Vincent, et son frère jumeau Olivier sont concernés par les questions de combat depuis très longtemps. Ils ont cofondé la Fédération Nationale de Close-Combat, et sensibilisent adhérents et élèves aux risques de scènes de guerre en milieu civil depuis octobre 2001.

Ils viennent de sortir le livre Vivre avec la menace terroriste, coécrit avec le colonel (C.R.) Gérard Chaput, médecin spécialiste du stress opérationnel et du traumatisme psychique, Claude Boucher, consultant en sûreté industrielle et urbaine, Jérôme Simon, rescapé du Bataclan, le docteur Samuel Boulezaz, chirurgien orthopédiste, chef de clinique assistant (CCA) à l’hôpital Cochin à Paris, et Pauline Garaude, reporter de guerre, professeur de yoga.

Vous parlez de vigilance, et on nous conseille de ne jamais intervenir…

S’il est possible de s’abriter il faut le faire, mais ce ne sera pas tout le temps possible. Le citoyen pris sous le feu doit avoir le réflexe de se coucher par terre et ne plus bouger en attendant de savoir ce qui arrive, car les rescapés nous ont expliqué que pendant un certain temps on n’y croit pas. La deuxième étape est de savoir d’où vient la menace, le danger.

Une vigilance permanente, et à quel niveau ?

Être vigilant n’empêche pas tout, l’être trop peut créer d’autres problèmes tels que voir le mal partout, alerter les forces de l’ordre ou les secours pour rien. Ayez l’esprit ouvert et soyez ouvert d’esprit. Il faut privilégier la vision périphérique, et même si je regarde quelqu’un en particulier, j’ai aussi conscience du monde qui m’entoure. Des gens vont dire «  qu’est-ce que ça m’amène d’être vigilant quand je rentre chez moi le soir ? », mais il faut dire que cette vigilance au quotidien, sans tomber dans la paranoïa ou la persécution, va me servir pour par exemple éviter l’agression de ma voisine, d’un passant. C’est aussi me former aux premiers secours, et même si je ne suis pas capable sur une scène d’attentat de stopper une hémorragie grave, ma formation me sera peut-être utile en bas de chez moi pour sauver une vie lors d’un accident de la circulation. Il faut bien prendre conscience du fait que nous ne sommes pas seulement consommateurs et que comme citoyens nous avons des droits mais aussi des devoirs, dont le fait de porter secours. La vigilance citoyenne, c’est aussi signaler une voiture garée au même endroit depuis très longtemps et immatriculée à l’étranger.

Et la peur ?

Il ne faut pas dire que l’on n’a pas peur, car c’est faux. Il suffit de voir à la première ampoule qui claque tous les gens partir dans tous les sens, en véritable état de stress. On ne peut pas échapper à la peur, mais pour avoir moins peur il faut affronter ses peurs, dire les choses, dire que cela peut se reproduire.

Un conseil ?

Le réflexe de base, c’est de se plaquer au sol. Lors des attentats, les gens qui sont restés debout dans la rue sont morts, tous, et ceux qui se sont jetés au sol ont eu un taux de survie bien plus élevé. On a interviewé des policiers qui ont visionné les caméras de surveillance, et ils disent que tous ceux qui se sont levés sont morts les uns après les autres…

Il faut se préparer ?

Sénèque a dit «  La moitié du mal vient de sa nouveauté  ». Le fait d’être surpris crée ce phénomène de stupeur, qui paralyse. Le fait de parler, de se dire «  si moi ça devait m’arriver je pense que je ferais ça… » peut nous préparer. Dès que l’on parle de guerre et de combat, il n’y pas de recettes, il y a des réflexes à avoir et ils peuvent nous sauver la vie. Notre livre est destiné à cela, que les gens aient des réflexes, pour se plaquer au sol, s’exfiltrer. Il faut dire que les documents élaborés et distribués par le gouvernement sont particulièrement bien faits.

Le terroriste d’aujourd’hui est dans le monde de la consommation, et il agit comme l’étudiant américain qui un jour prend des armes et tue le maximum de monde sur un campus. Peu de préparation, une grande multiplicité d’armes, du couteau au fusil d’assaut, et un tir aléatoire. Ils vont parfois épargner des gens et on ne sait pas pourquoi. Il n’y a pas de logique militaire.

Parlez-nous de Jérôme Simon

Jérôme Simon n’a pas pris conscience de sa blessure physique quand il a été piétiné par la foule qui sortait. Il s’était fait vaguement soigner et ne s’est penché sur sa blessure physique que trois semaines plus tard. Il n’était pas blessé par balle, alors il pensait qu’il n’avait rien.

L’Association Française des Victimes du Terrorisme estime qu’il faut environ un an pour que le survivant prenne conscience de ce qui est arrivé.

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N° 69

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