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Philippe Torreton - Une histoire de Mec !

En octobre, Philippe Torreton sera à Saint-Nazaire avec « Mec ! », Il nous a accordé une interview exclusive pour parler de ce spectacle et de sa vision du métier d’acteur.

Quelle est l’histoire de « Mec ! » ?

Le producteur m’a appelé il y a deux ans et demi, sans savoir que j’aimais Allain Leprest, pour me demander si je pouvais envisager de dire ses textes sur scène. J’ai tout de suite dit oui, mais je ne voulais pas être seul en scène. Je voulais être accompagné musicalement, mais sans faire de musique. C’est ainsi que j’ai rencontré le percussionniste Edward Perraud, pour travailler des sonorités percussives, créer une ambiance, ne pas faire une mise en scène mais une mise en son.

Le public vient pour vous ou pour Allain Leprest ?

Il y a des gens qui viennent plus pour nous voir et qui découvrent Allain Leprest. Quant à savoir pourquoi il n’a pas rencontré le grand succès qu’il méritait, c’est une question. Ce sont des rencontres qui se font ou pas, avec une époque, un style musical. Et il y a sa difficulté de vivre, que l’on ressent bien à travers ses textes. C’était un handicapé du bonheur, détruisant ce qu’il construisait. Mais c’est quelqu’un qui avait un public, qui faisait chaque année des dizaines de dates, à enregistré onze albums, et bien des chanteurs aimeraient avoir sa carrière. Nougaro le considérait comme un Rimbault moderne.

N’est-ce pas une mise en retrait derrière le texte, par rapport à votre jeu habituel ?

Je ne vis pas les choses comme une mise en avant ou en retrait. J’interprète à chaque fois, que ce soit pour Othello ou Allain Leprest. Il n’y a pas d’effacement, je fais comme je le ressens, comme j’ai l’impression que cela doit être dit. Et ce qui est formidable, c’est qu’un autre, avec le même texte, va donner quelque chose de différent. C’est ce qui est merveilleux et qui fait que l’on continue à voir les pièces de Shakespeare, Marivaux ou Molière, parce que l’on en a jamais fini avec l’interaction entre un individu et une œuvre, aussi écrite, aussi précise soit-elle. On a toujours envie de voir ce que ça donne avec Machin. Et puis si le texte compte beaucoup, la personne qui va mettre en scène, les partenaires, tout est important. Sauf que l’on peut tenter un pari sur le metteur en scène et ses choix, mais on ne peut pas jouer en doutant du texte.

Et si cela vous bouscule ?

Mais c’est un peu ce que l’on recherche aussi, être bousculé. Je choisis toujours des textes qui me bousculent, me touchent, m’émeuvent. J’apprends actuellement Othello. Je ne l’ai jamais joué avant, donc c’est bousculant, et même si c’est le quatrième Shakespeare que je joue, ce ne sont pas les mêmes rôles, et je n’ai jamais travaillé avec Luc Bondy et Marina Hands. Donc il y a une inconnue, et c’est pour ça que l’on a peur le jour de la première lecture, parce que l’on a l’impression de se retrouver en primaire un jour de rentrée scolaire.

Même avec votre expérience ?

J’ai envie de cette peur-là, car la peur n’est pas un ennemi. J’espère que ce que je fais va plaire, va servir à faire avancer le projet, mais j’ai toujours le trac... Après, l’expérience, c’est peut-être une façon un peu plus rapide d’aller vers l’essentiel, mais ça n’empêche pas la peur. Faire du théâtre n’est pas anodin, et si je devais choisir entre théâtre et cinéma, ce serait aussi pratique que de me demander de choisir entre ma jambe droite et ma jambe gauche. Je n’ai pas envie d’être unijambiste, j’ai envie de marcher sur mes deux jambes. Le cinéma aussi est merveilleux, avec un autre rapport au texte, au jeu, à l’équipe. C’est réellement passionnant mais ça pose plein de questions. J’ai été hyper heureux d’être choisi pour Présumé coupable, sur l’affaire d’Outreau, mais une fois que j’ai été content, tout de suite je me suis dit « Mais comment je vais le faire ? »

Bien avant les trois coups de Cyrano, pendant que la salle se remplit, vous êtes déjà en scène, immobile et silencieux. Racontez-nous...

ça dure 40 minutes et c’est une bonne expérience. C’est comme une quête, c’est quasi mystique, même si j’ai peur de ce mot. C’est se forcer à être calme, à ne pas dire son texte, de façon à ne pas créer de zones d’angoisse. Quand on se répète trop le texte seul, il nous manque des repères, la réalisation, l’endroit où l’on est sur scène, les partenaires, et tout ça joue pour faire revenir le texte au bon moment. Je me suis dit souvent, à l’époque de Cyrano, que c’était le contraire de ce que j’étais quand j’ai commencé le théâtre. J’étais agité en coulisse, avec de la musique dans les oreilles qui me semblait en rapport avec le personnage, l’énergie, etc. Je n’arrêtais pas de vérifier douze mille fois mes accessoires, de courir, de faire des pompes, j’étais quasiment crevé avant d’entrer en scène. Et puis petit à petit on lâche des choses. Comment faire ? On ne sait pas. On a beau faire une école de théâtre, on ne vous apprend pas à jouer tous les rôles, donc chaque rôle est une découverte. L’important c’est que ce soit bien en scène. On peut faire des pompes pour se mettre en situation, mais on peut aussi se lever tranquillement de sa chaise et être prêt. La seule chose qui compte, c’est que les gens vous entendent et vous comprennent.

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