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Loïck Peyron se dévoile sur la voile, et aussi les autres navigateurs, Le Pouliguen, sa famille

Se voir confier un bateau comme Banque Populaire au débotté, ça a fait des jaloux ?

Il y en a beaucoup qui auraient aimé être à ma place, j’imagine, mais en fait pas tant que ça... Je pense que ce genre de mission un peu commando avec un projet si important, un bateau si gros faisait peur... En ce qui me concerne j’avais déjà un peu l’angoisse de ne pas avoir fait de multi en solitaire en course depuis douze ans, et en douze ans on perd des réflexes, ce n’est même pas demander à un pilote de F1 de reprendre le volant douze ans après avoir arrêté, c’est pire que ça. C’est pour ça que quand on me l’a proposé, j’ai d’abord dit non.

Que reste-t-il de Loïck Fougeron ?

Fougeron, c’est le départ du K à mon prénom (Pour l’état civil, Loïck n’a pas de k, et il l’a ajouté en hommage au navigateur.). Il en reste toujours un goût pour l’aventure, mais on ne parle pas de la même chose. À l’époque, ils étaient des pionniers de la découverte, de la navigation en solitaire, mais essentiellement pour être tout seuls. C’était de bons marins, mais pas des régatiers, et au fur et à mesure, en 50 ans, on a mélangé les deux. Ceux qui naviguaient bien à la voile, et mieux que ces gars là, c’était les marins-pêcheurs, car ils devaient aller vite pour débarquer le poisson au plus vite. Moi ce qui me passionnait alors et me passionne encore, c’est l’aspect découverte.

Découvrir des ailleurs ?

Il n’y en a pas, ce n’est que de la découverte de pilotage, de technologie, de manières de naviguer. La grande différence depuis pas mal d’années, c’est qu’on va bien plus vite, et la vitesse rend les choses plus compliquées. C’est là que l’on trouve de l’intensité maintenant, mais c’est toujours frustrant de traverser l’Atlantique en 5 jours, car ça laisse moins de temps pour la contemplation. Heureusement, il n’y a pas besoin d’aller loin pour contempler les jolies choses, ce n’est pas une question de distance. Et ceux qui prenaient plaisir à aligner les milles à vitesse réduite n’étaient pas en danger par rapport à ce que l’on fait maintenant. Ce n’est pas comparable, et c’est ce que je trouve sympa. On dit « la voile » en parlant du milieu de la voile, mais on ne dit pas « la voiture », on ne dit pas « le ballon », alors que le football, le ping-pong, le basket, ce sont tous des sports de balle. On ne va pas demander au footballeur de jouer au ping-pong, et nous étonnamment, on le fait, et on est quelques-uns à couvrir un spectre très large dans le milieu de la voile. Mais j’ai aussi un grand plaisir à naviguer sur des bateaux très simples.

Les liaisons vidéo ont aussi changé bien des choses ?

La course aux médias, c’est notre outil de travail, tout simplement, ça fait partie du boulot. Et il y a le fait que parfois on a envie de partager ce que l’on vit. Mais heureusement on n’est pas encore en live sur le Vendée Globe, et j’aurai horreur de ça, même si avec mes frères nous avons été précurseurs dans le domaine de la communication. En course au large on a cette chance d’être loin d’un peu tout, loin des yeux, près du cœur, en particulier en France depuis Tabarly, Moitessier et quelques autres. Pour moi, le bon média c’est le son, plus que l’image.

Travailler dans ce milieu, c’est un parcours du combattant ?

Trouver un job n’est pas simple, et se fait par affinité et cooptation. Le CV et l’expérience aident, mais ce n’est pas tout. En Coupe de l’America par exemple, il y a plein de gars médaillés olympiques venus du dériveur, issus du 49er en général et des engins compliqués. On pourrait penser qu’ils sont perdus sur les gros bateaux mais ce n’est pas le cas. Et il faut aussi des cheveux gris pour les entourer et les rassurer un petit peu. Bien sûr, il faut des cheveux gris qui ont suivi le mouvement. J’ai cette chance d’être généraliste, et nous sommes peu dans ce cas-là. Il y a plein de vainqueurs de la Coupe qui n’ont jamais passé une nuit en mer, et il y a de très grands marins en France qui ne pourraient pas faire la coupe. Mais je pense que l’on pourrait faire un excellent équipage avec rien que des Frenchies, et il suffit de voir ce qui se passe dans la Volvo Race pour voir que l’on sait faire en équipage, mais dans la Coupe ça ne marche pas.

La vie au Pouliguen ?

Le Pouliguen, c’est juste l’endroit où je suis bien. J’y suis né, tous les matins je me suis levé face à la baie, le jeudi matin je la traversais sur un moth pour aller en cours de latin au collège, et j’arrivais en retard. Le Pouliguen, c’est la maison, avec pas beaucoup de navigation hélas, et puis un peu de dériveur, mais c’est la maison essentiellement. Tous les métiers d’absence aiment revenir à la maison et ne pas trop bouger. Je suis très casanier, à tondre la pelouse, tailler les haies, faire un feu, regarder la télé... Je ne sors pas. Et puis la nuit je me connecte, car le Team Artemis est à l’autre bout du monde...

Après les frères Peyron, les enfants Peyron ?

J’ai quatre enfants, de 17 à 25 ans, et il n’y en pas qui naviguent autrement qu’en croisière. Je ne les ai jamais forcés, et pour eux je fais juste un métier normal. On les a protégés, et ils ont découvert très tardivement que j’exerce un métier particulier, un truc un peu bizarre. Ils ont toujours intégré les absences comme quelque chose de normal, comme pour un marin embarqué au commerce ou à la pêche, comme ce que j’ai vécu avec mon père.

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