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Lorànt Deutsch aime l’Histoire, et sait la faire aimer

Il sera à Atlantia le 7 mai dans la pièce «  Le Système  », et il répond en exclusivité aux questions de Pays-blanc.

Quel est le thème de la pièce ?

C’est l’histoire d’une faillite financière, au début du XVIIIe siècle. C’est la seule que la France ait connue jusqu’ici, mais on est en train de se démerder très bien pour peut-être y retourner de nouveau. C’est une faillite économique liée au règne extrêmement coûteux de Louis XIV, auquel s’ajoutèrent des conditions naturelles dures, ce que l’on a appelé «  les grands hivers  » de 1709, 1710 et 1711, ce qui a fait que le pays n’avait plus d’économie, plus d’agriculture, et en plus il y a eu la peste. Le pays était exsangue et un économiste écossais, John Law, est arrivé et a proposé un système financier que l’on peut comparer au New Deal américain. Le New Deal est un système que l’on peut calquer sur le nôtre, à bien des égards, et c’est pour cela que la pièce est passionnante, car il y a des résonances avec la politique et l’économie d’aujourd’hui. Le système a redressé et sauvé le pays pendant trois ans, et finalement tout s’est effondré, à cause de certains investisseurs privés qui n’ont plus eu confiance dans le système et sont repartis avec leur argent. Cela a entraîné la faillite et la banqueroute du système.

C’est une pièce militante ?

C’est avant tout une comédie qui se sert d’un fait historique pour décrypter et décrire les arcanes du pouvoir, ceux qui sont en place, d’autres qui ont des idées nouvelles, les progressistes et les conservateurs. Ce n’est pas une pièce militante ou engagée, mais elle raconte d’une manière amusée et amusante, avant tout divertissante, comment l’économie fonctionne, et rien de mieux que le prisme d’un voyage historique pour comprendre les mécanismes d’aujourd’hui. En gros, en simplifiant un peu les choses, ce qu’elles étaient à leurs balbutiements de manière très concrète, quand le billet de banque est apparu. Il a vraiment fallu leur expliquer ce que c’était, ce que ça permettait. Ça aide à mieux comprendre aujourd’hui, dans nos sociétés sophistiquées, quels sont les mécanismes simples qui régissent notre économie.

Vous avez choisi la pièce pour l’histoire ou le sujet ?

Je suis passionné d’histoire, et j’aime me servir de mon métier pour voyager dans le temps. Cette pièce m’a plu parce que j’ai toujours aimé les manipulateurs, les manieurs d’argent, ce que l’on appelait sous l’ancien régime les grands argentiers. Si vous les regardez et faites l’inventaire, vous remarquerez qu’en général ils ont mal fini. Le plus souvent, ils ont été bannis, assassinés, emprisonnés, et cela va d’Enguerrand de Marigny à l’époque des rois maudits, à Jacques Cœur, Nicolas Fouquet, et plus proche de nous John Law. Ces personnes ont été flétries dans l’imaginaire collectif, et on a voulu s’assurer que ces gens-là, manipulateurs d’argents, étaient en fait des égoïstes, autocentrés, très intéressés parce que l’argent est un fléau, un mal que s’accaparent les gens qui ont un mauvais fond. C’est encore très présent dans notre société. On ne parle pas d’argent, et le patronat et ceux qui fabriquent des richesses ne le font que par intérêt personnel. Aujourd’hui on est persuadés que la loi sur le travail va rendre service aux patrons, contre les salariés. Celui qui fabrique les richesses est suspect, quoi qu’il arrive, et si on facilite les choses pour qu’il puisse créer de la richesse et des emplois, c’est louche, car nécessairement c’est privilégier l’employeur face au salarié. C’est moins valable dans les pays anglo-saxons par exemple. Dans les pays à morale chrétienne, celui qui avait le droit de manipuler l’argent, c’était le Lombard, le juif, des gens désignés. Le catholique ne devait pas être tourné vers l’argent.

Pourquoi ce goût pour l’Histoire ?

C’est de la curiosité. Être acteur, c’est raconter des histoires. Au-delà du support qui me permet d’exercer ma passion, le plaisir est de transmettre, divertir, surprendre, renseigner les gens sur leur environnement, leur géographie, leur pays et leur patrimoine. C’est quelque chose qui se retrouve de manière assez homogène et cohérente aussi bien quand je suis auteur, acteur, à la télé, au cinéma ou sur une scène de théâtre.

Vous ne craignez pas d’être étiqueté ?

On a besoin d’étiquettes. Le référencement, c’est quelque chose de nécessaire, car il y a tellement d’offres que l’on a besoin de rapidement appréhender l’acteur qui est devant vous. Il y a dix ans j’étais enfermé avec l’étiquette de petit Parisien qui venait de la banlieue et qui réconciliait le centre de Paris avec sa périphérie. J’en suis sorti sans difficultés, et mon image ne me fait pas peur. Je n’ai pas de plan de carrière et je ne cherche pas à surprendre à tout prix les gens, juste à me faire plaisir avec ce qui me passionne. À partir du moment où c’est de la passion, il n’y a pas d’angoisse en se disant «  Ah là là, on va m’étiqueter et on va me prendre pour ça.  » Oui, je suis comme ça, et je suis ça.

Abandonner l’Histoire, c’est possible ?

L’Histoire m’a toujours accompagné, et depuis que je suis né j’ai toujours aimé l’Histoire, les histoires. J’ai la chance d’en vivre et de la partager avec des gens qui ont l’air d’aimer ça et de me suivre. Tant que les gens me suivront, je continuerai à raconter, à essayer de transmettre et de surprendre. Si les gens ne me suivent plus, je garderai cette passion qui m’aide à vivre et me donne envie de me lever le matin, en me disant que je vais apprendre quelque chose. Et chaque soir je me couche en faisant un peu le bilan et en savourant ce que j’ai appris et qui m’a permis de déchiffrer et défricher un peu plus mon environnement. L’Histoire, finalement, c’est le mode d’emploi de notre réalité et de notre biographie. Être passionné d’Histoire, c’est tendre la main, démontrer que nous avons un héritage commun, que tout ce qui s’est produit a enfanté ceux que nous sommes et ce dans quoi nous vivons, et c’est un héritage que l’on a en partage. C’est un peu comme un coin de pêche, que l’on doit transmettre aux générations futures, pour pas que ça se perde.

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