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Bernard Mabille taille des costards et habille pour l’hiver

On le voit aux côtés de Drucker, Ruquier ou sur Paris Première. Il sera sur scène le 9 janvier à la Cité des Congrès de Nantes et répond en exclusivité aux questions de Pays-blanc.

Comment fonctionnez-vous ?

C’est une question de gymnastique intellectuelle plus que de recettes. Petit garçon j’ai été impressionné par Jacques Chazot, qui était dix fois plus rapide que moi. Faire des mots est une habitude et je ne peux pas m’en empêcher. Parfois c’est bon, parfois ça l’est moins… Côté contenu j’ai du recul, et si je n’en avais pas je croulerais sous les procès, mais ce que j’écris n’est jamais vraiment méchant. Je ne vais pas bouleverser le monde et la culture. Ce sont de simples petites phrases pour rigoler.

Mais elles peuvent avoir du poids ?

J’ai écrit pour Jacques Chirac à une époque, et ça m’avait amusé. Il fallait écrire des petites phrases d’humour, car bien souvent une petite phrase est plus reprise que le discours lui-même. J’ai été un peu le gagman de Chirac, mais sans esprit politique, et il n’y avait pas de message. C’était très marrant à faire. J’ai fait aussi des petites phrases pour des PDG, qui me commandaient des gags et me disaient « Je fais des discours devant les cadres, mais tout le monde s’ennuie et s’endort, alors ce serait bien d’avoir quelques petites phrases pour les réveiller. » Ça, je ne le fais plus, je n’ai plus le temps, mais quand on a besoin de gagner sa vie, on fait n’importe quoi.

Quelle est la part d’improvisation ?

Sur scène je n’improvise pas. Sur un spectacle de 2 heures il y a 70 sujets sur l’actualité chaude. J’écoute la radio et je lis la presse le matin, je triture tout ça et j’en tire mes textes. Si vous improvisez vous partez dans le mur. Aux Grosses têtes ou sur Paris Première, il faut improviser, car c’est le principe de l’émission, mais sur scène c’est autre chose.

Le rire est une mécanique terrible. Faire rire est beaucoup plus difficile que faire pleurer, et quand j’entre en scène j’ai un deal avec le spectateur, et je dois le faire rire. C’est du travail, et il faut toujours se poser des questions. Est-ce que je dois mettre ce mot ici plutôt que là ? Est-ce le meilleur ? J’ai de très bons copains qui se lancent dans le one man show, parce qu’en ce moment tout le monde le fait. Ils disent « on va aller en scène, improviser, discuter avec les gens et tout le monde va nous écouter », mais c’est un vrai boulot et c’est casse-gueule ! Avec mon spectacle, j’arrive à un rire toutes les quinze secondes, et la personne qui n’a pas saisi une vanne prendra celle d’après. Ça n’arrête pas pendant deux heures, et il faut que ça marche quelle que soit la salle, le public.

Quel est-il ?

Le public qui vient me voir me connaît. Je vis avec eux, dans leur salon, dans leur cuisine, dans leur voiture. Ils connaissent mes histoires de famille, ma maison dans le Gers, ce que j’aime manger. Ils viennent voir un copain et ils sont tout de suite chauds. Ils me pardonnent aussi des choses, comme on le fait avec un pote qui vient à la maison.

Plus on s’enfonce dans la crise et moins les gens ont les moyens de voir des spectacles aussi souvent qu’avant. Alors vous ne pouvez pas les tromper. Il faut les rassurer, être proche. Ils veulent aussi se raccrocher à ce qui rappelle les instants meilleurs. C’est le succès des tournées années 80, du retour d’Aznavour, et de gens comme moi. Je suis un peu le survivant de l’époque Le Luron, Coluche et Desproges, à mon humble niveau, et la nostalgie joue. Mais je fais un spectacle avec les mots et les sujets d’aujourd’hui, car je vis dans le présent, et quand je sors avec ma fille de 15 ans on va voir Beyonce. D’ailleurs on ne m’a jamais dit que j’écris comme un vieux.

On parle beaucoup du FN, c’est une cible facile ?

J’ai toujours tapé sur le FN, et je n’ai aucune barrière. Je ne prends pas parti, je tape sur tout le monde. Je ne suis pas Stéphane Guillon qui a perdu ses sujets avec l’arrivée de la gauche. J’ai tapé sur Sarko et je tape sur Hollande sans aucun problème. Je tape aussi sur le FN, sans plus d’animosité que sur les autres. J’ai la chance de ne pas habiter un quartier difficile, mais si c’était le cas, avec des dealers au coin de mon immeuble je voterais peut-être FN. On peut critiquer les idées, les responsables, mais pas les électeurs. Les gens sont paumés, et ils ont le sentiment que les partis classiques sont de la merde. Pour moi, FN et Front de gauche c’est pareil.

Vous venez de sortir un livre ?

C’est un recueil de chroniques et de billets. J’aime bien l’idée que les gens puissent piocher dans un livre, prendre deux ou trois phrases de temps en temps. J’écris beaucoup moins bien que Pierre Dac ou Pierre Desproges, mais l’esprit du livre est identique.

Avez-vous l’habitude de modifier votre spectacle en fonction de la ville où vous jouez ?

Non, très rarement. Si on veut être crédible, il faut bien connaître le sujet et ce n’est pas parce que vous descendez à La Baule que simplement en lisant le journal local vous maîtrisez le truc. Je tape sur des sujets que je connais. La Baule pour moi, c’est la sortie de l’eau de Villepin façon Ursula Andress, rien d’autre. Par contre je connais la ville, j’y suis allé, j’ai connu Olivier Guichard, mais mon spectacle reste national. Il n’y a rien qui m’agace plus que de voir des humoristes belges ou québécois taper sur la politique française. Qu’est-ce qu’ils y connaissent ? Est-ce que je vais moi taper sur la politique de leur pays ? On ne fait bien son travail que si l’on connaît bien le sujet. Bien sûr on peut faire une allusion, comme pour l’image de Villepin à La Baule, mais ça s’arrête là.

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