accueil

Avec Louis Bodin, la météo explique l’Histoire de France

Louis Bodin est bien connu des auditeurs de RTL, et des spectateurs de TF1. Cet ingénieur prévisionniste vient de publier Quand la météo fait l’histoire, et sera présent à La Baule pour une conférence. Il se livre en exclusivité pour les lecteurs de Pays-blanc.

Un présentateur météo ingénieur prévisionniste, c’est rare ?

Effectivement, je suis le seul à avoir été d’abord un scientifique, quasiment pendant 15 ans à Météo France où pendant longtemps j’ai fait du routage météo pour les navigateurs, car je suis un passionné de voile. Je me suis occupé entre autres du routage pour Florence Arthaud, Loïck Peyron, Bourgnon, Parlier, et c’est à partir de cet investissement que j’en suis venu aux médias. Je suis devenu consultant, et à partir de 1995 je suis passé au journalisme à travers La Chaîne Météo.

Mais vous aviez des prédispositions ?

J’adore communiquer, depuis toujours. J’ai fait du tennis à un bon niveau et j’ai été prof de tennis, en voile j’ai été moniteur de voile, j’adore transmettre, et le travail de journalisme est un travail de transmission où j’ai trouvé un joli terrain d’expression. Après, surtout sur RTL ou TF1, il faut avoir la chance de plaire au public, et ça a été mon cas. Je suis totalement nature, je suis ce que je suis, avec mes valeurs de naturel, de respect, de transmission. Quand je sais je sais, et si je ne sais pas je ne prétends pas savoir.

Vous pourriez présenter des émissions scientifiques ?

Exactement, et c’est quelque chose vers lequel je vais aller dans le futur. Utiliser mon sens didactique pour dépasser la météo et prolonger ce que je fais. Mais il faut faire attention à respecter ce pourquoi les gens vous attendent et savoir que vous avez une responsabilité. Et dans le domaine scientifique, il faut avoir des compétences et ne pas se fourvoyer.

On parle dérèglement, réchauffement, mais vous montrez que ça a toujours existé.

Le livre m’a permis de me replonger dans l’état d’esprit de différentes époques. À chaque événement météo chacun s’interroge. Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas se poser aujourd’hui des questions sur notre avenir et le dérèglement météorologique, mais simplement que de tout temps la météo a connu des variations qui ont influé sur l’histoire, avec parfois des conséquences dramatiques.

Le rapport était plus limité avant ?

Le rapport que l’on a à la nature et à la météorologie a fortement évolué. Concernant Azincourt, on peut se dire que les Français étaient bêtes de livrer bataille avec ces conditions-là (NDLR : Un terrain très boueux pénalisant les lourds chevaliers français), mais ils ne connaissaient pas grand-chose à la météo. C’est tout juste si on savait faire un relevé de température, et encore avec une marge d’erreur énorme. La météorologie appartenait au divin, à quelque chose qui était au-dessus de nous, alors de toute façon il fallait passer outre et combattre quel que soit le temps pour montrer que l’on était supérieur à son adversaire. Ce n’est pas la météorologie qui allait arrêter les hommes.

La prévision n’existait pas ?

C’était une époque où l’on subissait, où l’on allait prier dans les églises pour avoir de meilleures récoltes, un peu plus de pluie ou de soleil, et cela a changé au milieu du XIXe siècle. C’est là que l’on s’est dit que peut-être en observant la météorologie, on va pouvoir s’en protéger, peut-être mettre des vêtements différents en fonction du temps, faire attention aux pluies et orages. Tout ceci est très récent en fait. C’est à partir de là que l’on s’est plus tourné vers la nature en disant « Qu’est-ce que l’on peut faire ? On ne peut pas modifier le temps alors on peut essayer de le prévoir. »

On reproche aux météorologues de ne pas pouvoir prévoir le temps à moyen terme...

Quand j’ai commencé ce métier, il y a plus de trente ans, si je disais je suis météorologiste on me disait « Ah bon ? C’est un métier, ça ? » Cette science n’était pas très fiable. Et aujourd’hui c’est l’inverse, il faudrait presque que l’on soit capable de mettre de la neige en montagne, mais que quand on y va il n’y en ait pas sur la route, que quand on sort il y ait du soleil, comme si l’on était influent sur la météorologie, ce qui n’est bien sûr pas le cas du tout. Personnellement, j’estime que passé une semaine, la fiabilité n’est pas bonne, et je suis un peu déçu de voir que depuis trois ou quatre ans la technologie n’a pas progressé. À l’opposé, la prévision à très court terme a beaucoup évolué, même si il y a eu aussi un coup de frein ces dernières années. Actuellement, les centres de recherche travaillent sur les prévisions à très court terme, quelques heures, et à toute petite échelle, et on espère pouvoir établir des prévisions pour une commune, un quartier, une vallée, pour mieux prévoir par exemple les épisodes cévenols sur une ville.

Et l’avenir de la Terre ?

Je suis optimiste pour la planète tant qu’on gardera du bon sens et qu’on ne tentera pas l’impossible, mais il est vrai que dans notre société, on a tendance à être déconnectés du réel, et là c’est dangereux. Si les générations futures ne vivent plus que dans un monde virtuel, ce sera dangereux, parce que quels que soient les mondes virtuels, on aura encore les pieds sur cette planète, qui va devoir nous nourrir encore très longtemps, et nous devons avoir un rapport intelligent à la terre et aux autres espèces.

Lisez Pays-Blanc en ligne

N° 69

Consultez tous les numéros précédents en cliquant ici

Carnet de Bord

Le Pouliguen - Guérande
La Baule - Pornichet
Disponible ici en version numérique et en version papier

Où trouver Pays-Blanc

plan

Voir les points de distribution